Festival Ciné Junior : Édition 2019

Discours des Jurys

Les Jurys remettent leur Prix à l’un des longs métrages de la compétition lors de la Cérémonie de clôture qui s’est déroulée à l’issue du Festival au Théâtre André Malraux de Chevilly-Larue. Voici l’intégralité de leurs discours rédigés à cette occasion.

*GRAND JURY*

Le film que nous souhaitons récompenser s’est révélé comme une évidence. Nous avons été éblouis par sa mise en scène maîtrisée et subtile, son rythme hypnotique et son atmosphère mystérieuse. Le film se déroule sur un territoire insulaire, à la frontière de trois pays, de la guerre et de la paix, de la vie et de la mort. Nous nous sommes laissés envoûter par Los Silencios de Beatriz Seigner à qui nous décernons le Grand Prix Ciné Junior 2019.

*JURY CICAE*

Notre jury a été emporté par Supa Modo de Likarion Wainaina, film pétillant et rempli d’espoir dans lequel un monde contemporain cohabite aisément avec les traditions. Cette fable lumineuse montre la force du collectif et de l’imaginaire, de l’entraide et de la solidarité, à travers les super-pouvoirs du cinéma qui transcendent la mort.

*GRAIN A DEMOUDRE*

Bonjour à tous,
On tenait tout d’abord à remercier toute l’équipe de Ciné junior avec qui nous sommes liés depuis de nombreuses années, grâce à vous de nombreux jeunes normands amoureux de cinéma ont pu vivre de belles expériences ! Merci à vous et bravo pour votre festival toujours au top !
Nous tenions à décerner une mention spéciale à Deslembro de Flavia Castro, pour sa mise en scène, la façon sensible avec laquelle elle capte l’instant présent et transcrit le passé , les bribes de souvenirs.
Passons maintenant à notre Prix : pour son esthétique soignée, ses comédiens très attachant (les premiers rôles comme les seconds rôles), sa narration sobre pour traiter un sujet douloureux et inacceptable, parce qu’il est baigné de lumière, à l’extérieur comme à l’intérieur des personnages, parce que sa mise en abyme d’un tournage de cinema bricolé à la façon d’un Gondry nous a embarqué, nous avons choisi de décerner notre Prix Du grain à démoudre à Supa Modo de Likarion Wainana !

*CLASSES-JURY*

// Classe de 4e du Collège Jean Macé de Fontenay-sous-Bois

Les avis étaient partagés entre Wardi et Supa Modo.
Nous avons choisi d’attribuer notre Prix à Supa Modo.
Nous avons aimé ce film car il était touchant, émouvant et drôle. On s’attache vite à la petite fille parce qu’elle est malade comme certaines personnes qui nous sont proches. Et que, malgré sa maladie, elle conserve sa joie de vivre
Mais on a de la peine quand elle meurt dans le tournage de son film.
Un des enjeu du film est la question de la vérité et du mensonge puisque toutes les personnes, même Jo, mentent par Amour : en effet, la mère et la grande soeur de Jo sont en conflit pour savoir s’il faut dire la vérité à Jo sur son état, et Jo fait semblant de continuer à croire qu’elle a des super-pouvoirs pour ne pas attrister sa grande sœur.
A la fin, à la mort de Jo, il y a un vrai message d’espoir car elle meurt entourée de la solidarité des villageois.
Nous aimons l’idée qu’à travers le film qu’elle réalise, elle reste éternelle aux yeux du village et de sa famille qui, en accomplissant la dernière volonté de Jo, transmet un peu de sa joie, de ses rêves et de sa volonté de vivre aux autres enfants de l’hôpital.
Nous avons également beaucoup aimé la fin du film qui est poétique.
En conclusion, nous pouvons dire que ce film peut toucher et faire rêver les enfants mais aussi les adultes.
Nous remercions Mme Ros Lesca pour nous avoir choisis pour ce festival, nous remercions les réalisateurs pour tous ces beaux films qui nous ont fait voyager à travers les cultures et les langues. Nous remercions aussi Collège au Cinéma et Anne – Laure Gérard du Cinéma Le Kosmos pour toutes les discussions partagées ensemble. Ainsi que le Collège Jean Macé pour avoir payé les séances de cinéma.

// Classe de 4e du Collège Victor Hugo de Créteil

Les débats ont été animés.
Dans Los Silencios, nous avons trouvé troublant de voir des fantômes et nous avons aimé le jeu des couleurs et des lumières, mais nous avons été déroutés par le rythme du film.
Dans Jacob et les chiens qui parlent, nous avons aimé l’interprétation directe, le suspense, les paysages urbains…
Deslembro nous présente des acteurs attachants et émouvants qui sont à la recherche de leur vérité. Nous avons aimé les choix cinématographiques : les plans rapprochés, les flash-backs.
Supa Modo nous a emmené en Afrique, au Kenya. Jo, malgré sa maladie, est une battante, courageuse, convaincue d’avoir des super pouvoirs. Nous avons été émus par cette héroïne atypique.
Nous voudrions attribuer une mention spéciale à Dressage qui a une histoire complexe, du suspens. Nous souhaitons un beau parcours à ce film.
En conséquence nous décernons notre Prix à Wardi, film d’animation réaliste et très touchant qui nous a montré un vrai camp palestinien sur le mode documentaire. Nous étudions en français le livre Une bouteille dans la mer de Gaza de Valérie Zenatti qui raconte l’histoire d’une israélienne. Ainsi nous pouvons voir les deux points de vue de ce conflit.
Nous souhaiterions adresser un message en anglais au réalisateur de Wardi.

We would like to thank Mats Grorud for sharing his experience with us. We wanted to highlight his work.
Thank you for showing us the puppet of Wardi and for allowing us to touch it.
We congratulate you for using different genres in the movie (for mixing the 3D and the 2D) ; that was clever and we appreciated it ! We thank you for your expertise.
Congratulation for your patience, for the 11 years of work and your courage ;
Thank you very much !

Nous sommes très heureux d’avoir été retenus pour être classe-jury au Festival Ciné Junior 2019.
Nous remercions Anne-Sophie Lepicard pour son aide dans les analyses des six films en compétition et pour sa gentillesse.
Nous remercions également le Cinéma de la Lucarne de Créteil de nous avoir accueillis pour la projection des films, au moment des repas et pour les animations organisées à notre intention.

// Classe de 3e du Collège Paul Klee de Thiais

Nous sommes en deuxième année cinéma. Nous sommes très heureux d’avoir été invité pour être classe Jury au Festival Ciné Junior en Val-de-Marne.
Aussi, nous adressons tout d’abord un grand merci à l’équipe qui a organisé ce Festival et qui nous y a si gentiment accueillis.
Nous tenons aussi à remercier nos professeurs, Laurent Bellamy et Christine Motte, qui nous ont encadrés pendant cette semaine, ainsi que notre intervenante, Lou Vernin, qui nous a permis d’échanger sur les films et nous a guidés dans notre réflexion.
Nous remercions aussi Flavia Castro, réalisatrice de Deslembro, et Pooya Badkoobeh, réalisateur de Dressage, qui se sont déplacés pour nous parler de leur film et répondre à nos questions.
Pendant cette semaine riche en émotions, nous avons eu le plaisir de découvrir six films : quatre films de fiction et deux films d’animation. Ces six films, bien que de cultures et d’origines très différentes, sont tous centrés sur la personnalité d’un personnage féminin, sur le destin d’une héroïne.
Dans Jacob et les chiens qui parlent, c’est Mimi qui donne les ordres et planifie les actions à mener pour son projet écologique de sauvegarde du parc où ses amis les chiens résident.
Dans Supa Modo, tout le village se mobilise pour soutenir l’héroïne du film, une enfant atteinte d’une grave maladie. Jo va pouvoir réaliser son rêve d’immortalité grâce au cinéma en incarnant dans son propre film une super héroïne multicolore luttant contre les forces obscures.
Deslembro met aussi en scène une Joana, adolescente cette fois, qui vit dans une famille recomposée, et qui pose des questions sur la mort de son père, disparu politique au Brésil. Des questions qui ne trouvent pas de réponse auprès de sa mère. La musique rock lui procure des émotions à partir desquelles elle trouve en elle des images fragmentées de son père. Le spectateur est désorienté comme Jo parce qu’il ne comprend pas toujours quand arrivent les souvenirs et ce qu’ils disent. Mais progressivement, en reconstituant son histoire, Jo se débarrasse d’un sentiment de culpabilité pour trouver l’apaisement.
Si Los Silencios est, comme Supa Modo et Deslembro, un film centré sur la relation mère-fille, il sépare, quant à lui, la mère Amparo, qui fait partie du monde des vivants, de sa fille Nuria qui a rejoint celui des morts. Toutefois, ce n’est qu’à la fin du film que nous faisons la distinction entre les deux mondes, grâce au jeu des couleurs fluorescentes qui ponctuent tout le film. En effet, c’est à partir de la différence entre les couleurs visibles le jour et celles qui brillent la nuit que nous réalisons progressivement ce que la mère finit par accepter.
Pour finir, Wardi et Dressage mettent en scène les deux héroïnes les plus intéressantes à nos yeux. Deux personnages qui incarnent deux formes d’engagement.
Le film Wardi nous montre le quotidien difficile des réfugiés palestiniens dans un camp à Beyrouth au Liban. Il met en avant des victimes du conflit israélo-palestinien. A travers eux, il témoigne du sort des réfugiés dans le monde, qui sont souvent délaissés dans les médias. Pour Dressage, le message n’est pas le même. Golsa interroge la place de la femme dans la société iranienne et fait de la conscience une valeur essentielle de l’existence.
Les deux films traitent de l’enfermement et du désir d’émancipation. Dans Wardi, cet enfermement est matérialisé par les barrières qui entourent le camp de réfugiés et par les maisons familiales superposées verticalement, à cause du manque de place. Dans Dressage, l’enfermement est manifeste dans de nombreux plans fixes où Golsa est seule et silencieuse. Ainsi, ses courses permanentes, filmées avec différents types de travelling, apparaissent comme la métaphore de son désir d’échapper à une société figée, régie par l’argent et reposant sur l’apparence.
La force de Wardi est d’être un film d’animation. Ce choix du réalisateur permet d’évoquer la complexité d’une réalité tout en étant accessible à tous et notamment aux plus petits. La force de Dressage, c’est son personnage principal, complexe et entier, qui sollicite jusqu’au bout notre réflexion.
Si le personnage de Wardi est l’incarnation d’une cause, celle du droit au retour du peuple palestinien, Golsa est un personnage singulier, elle est toute entière livrée à elle-même. Ainsi, beaucoup parmi nous ont pu s’identifier à elle.
C’est après de longs échanges argumentés visant à départager ces deux films que nous avons pris la décision de décerner le prix de notre classe à Dressage de Pooya Badkoobeh.
Ce qui nous a particulièrement impressionné dans ce film, c’est la force de caractère dont fait preuve Golsa du début à la fin. En effet, elle résiste à la pression de ses amis, à la pression de ses parents, à la pression des parents de ses amis ; elle résiste aussi au pouvoir de l’argent, elle repousse les promesses de confort, de bonheur et refuse les différents arrangements proposés.
Ainsi, en s’attachant à des valeurs que les adultes ne sont plus en mesure de transmettre, elle devient exemplaire.
Pour finir, nous avons beaucoup apprécié la fin paradoxale de Dressage car, en allant en prison, Golsa, bien que privée de liberté, accède à la liberté de conscience. Cette fin ouverte provoque en nous des questions et on se demande quelles répercussions son acte aura sur les autres personnages, notamment ses parents.

// Classe de 4e du Collège Jules Ferry de Villeneuve-le-Roi

Tout d’abord, nous souhaitons remercier Lou Vernin pour son dévouement envers toutes les classes, ainsi que les organisateurs de Collège au Cinéma : Marion Burger et Mathilde Pinson qui sont venues nous expliquer l’importance des décors, notre rôle de jury et le fonctionnement du Festival.
Nous allons vous présenter NOTRE affiche du festival qui représente ce que nous avons vécu et ressenti pendant cette semaine :
Nos émotions : Rire, tristesse, surprise, suspense, incompréhension, mystère et joie.
Ces émotions nous les avons partagées ensemble, notre groupe était soudé et dans l’écoute de chacun, c’est la raison pour laquelle figure une photo de notre classe devant le centre Jean Vilar.
Nous avons remarqué que le Festival avait mis en avant les femmes dans chacun des films projetés : un véritable Girl Power.
Nous tenons à remercier les réalisateurs de bien avoir voulu partager leurs films avec nous, en particulier Flavia Castro et Pooya Badkoobek qui sont venus nous rencontrer et à qui nous avons pu poser un certain nombre de questions.
Sur notre poster figurent les liens que nous avons pu établir entre les affiches et les films en compétition car chaque film nous a marqués
Pour le film d’animation Jacob et les Chiens qui parlent d’Edmund Jansons, il n’y a pas encore d’affiche donc nous avons décidé de dessiner un arbre à l’ombre d’un gratte-ciel afin de montrer qu’un immeuble va être construit à la place d’un parc, intrigue qui va mener Jacob et Mimi à tout faire pour que la construction n’ait pas lieu.
Nous avons longuement débattu de l’intérêt de garder les chiens, mais comme ils font partie de la lutte de Jacob et Mimi, nous les avons quand même fait figurer.
Pour le film Deslembro, nous avons conservé une partie du titre : LEMBRO, qui signifie « souvenir » en portugais. Nous avons également conservé la silhouette de Joanna, le personnage principal avec son journal intime qui représente l’histoire de sa vie, son père décédé mystérieusement et surtout ses souvenirs un peu flous.
Nous avons choisi cette photo de Golsa, héroïne du film Dressage, car elle représente la solitude de Golsa face à ses choix, face à son délit et face à son entourage qui veut lui imposer le chemin à suivre.
Elle est assise sur des bottes de foin, dans le centre équestre où se trouvent Alphand, un cheval dont elle aime s’occuper, et la cachette de la vidéo.
Sur l’affiche de Wardi nous avons sélectionné la tour familiale dans laquelle Wardi circule afin de rencontrer différents membres de sa famille qui lui permettent de comprendre son histoire et d’où elle vient. Nous avons également gardé la clef autour de son cou qui représente l’espoir de chaque réfugié palestinien de retourner dans leur patrie, comme le fait Sidi à la fin du film, lorsque son corps est porté par les pigeons.
Quant à l’affiche de Los Silencios, de Beatriz Seigner, nous avons choisi de découper une moitié du visage de Nuria, la « petite fille fantôme » car le maquillage fluorescent ressort : c’est la couleur des esprits. L’affiche ne montre pas la bouche de Nuria car elle ne parle pas pendant le film étant donné qu’elle est morte. Cela est également en lien avec le titre qui signifie « Les Silences ».
Concernant l’affiche de Supa modo nous avons sélectionné cette partie du visage qui fait penser aux super-héros que veut devenir Jo, qui se bat contre son cancer. Nous l’avons accolée au visage de Nuria car toutes deux sont confrontées à la mort et leurs maquillages colorés se font écho.
Jo est aussi la super-héroïne du film dans le film. Elle représente le combat contre la maladie mais aussi la joie de vivre et elle symbolise toutes les figures féminines du festival : c’est le Girl power !
Après des débats enrichissants avec Lou, nous avons décidé de décerner notre Prix des collégiens à Supa Modo pour la richesse de son contenu et la portée de son message : espoir, solidarité, dignité et croyance en ses rêves.

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